Le temps a t il passé ? Ces minutes, ces heures, ces secondes. Sait on vraiment  l'essence des choses au moment où on les vit, où l'on croit les vivre. Quelque chose nous traverse, nous atteint. Notre regard se perd parfois dans un vide qui n'en est pas un. Toute notre tête n'est qu'un bouleversement , dont on ne saisit pas la signification. Mais... on sait. Confusément. De cette manière diffuse. Vaporeuse. On sait.
Tu m'as écrit des mots que j'ai lu. Que j'ai relu. Encore et encore. Que je relirai sans cesse, quelque soit la fin des temps. Qui sont dans mon coeur, dans mon âme, dans les plus profondes profondeurs de ce que je suis.  Tu as infléchi le cours de mon existence, j'ai infléchi le cours de la tienne. Nous avons pleuré. Nous avons souffert. Nous avons été au bord des gouffres, nous sommes tombés dans quelques uns. Déchirements déchirants. Des silences qui duraient trop. Des absences qui n'étaient que des présences. 
Nos souffrances ont été les mêmes, dans leurs intensités, au milieu de toutes les douleurs insupportables que nous avons supportés. Nos corps  à bout de toutes leurs forces. Ces forces qui nous ont quitté parfois, à bout que nous étions. 
Après les cyclones, ces plages de nous mêmes épuisées aux matins au point d'avoir eu ce sentiment de mourir, de crever. ​​​​​​​

Bâtiment Khairé de Notre Dame de Fidélité, Douvres la Délivrande, Normandie.


Sans domicile
(13 juin 2025)

Des champs à perte de vue
font une haie d'honneur à mes pensées
qui courent vers toi.

L'odeur du blé et du colza,
de la terre et du purin.
Le soleil brille,
et c’est moi qui brûle.


La clim tourne
mais ne refroidit pas le manque.

Je me trompe de pédale
au carrefour de mes doutes.
Je roule en rond
et je cale.

Malgré le GPS,
je cherche ma route.

J’écoute nos chansons,
et je souris.
Je te murmure que je t’aime.
Je te le crie.


Je ne sais plus où j'habite.
Je n'arrive jamais nulle part.
Je suis sans domicile.

Mon foyer est dans ta poitrine.

 


Rue de Bayeux, Caen.


Effluves du manque

Clouée à mon ombre qui dérive,


j'hume les fioles de nos souvenirs.


Ton parfum fantôme


emprisonne mon souffle.


J’expire les fragrances


d’un manque aride.


Le baume entêtant de la distance


asperge ma peau de solitude,


distille un élixir de larmes musquées,


qui sacre mon corps de ton absence.

 Quais de surface, réseau banlieue, Gare du Nord, Paris.

Je me consume
Je me consume
de ne pas t'entendre.
Je dépéris du sevrage
de ton visage.

Ta voix récite en moi
des chapelets de prières.
Je meurs pourtant
de ce mirage.


Le manque, vertigineux,
me fige
au précipice du quotidien.

La vie continue,
et je l’observe.
Je suis ici…
mais déjà loin.


Je voudrais être avec toi,
dans le présent.
Te retrouver,
dans le passé
et pour toujours.

Je guette l’accalmie,
et je reçois l’averse
des jours trop longs,
qui déferlent
en torrent. 

Baie du Mont Saint Michel, côté Granville.

Et tes mots. Ceux que tu écrivais pendant cette toute dernière année, cette douleur que  tu couchais sur le papier. Cette douleur qui répondait à ma souffrance. Ces mots qui scellent nos ultimes retrouvailles. L'aube de notre temps, enfin ! Tes mots. Déjà magnifiques. Comme le vent dans les voiles des trois mats. Et élevés par Dieu dans des cimes aussi hautes que nos moments ont été bas.
Alors.
 Mes images. Tes mots. Cette oeuvre que nous bâtissons ensemble. Cette pierre, cette même pierre que nous avons toi et moi dans la main. Tandis que l'autre tient chacun celle de l'autre. Mes images, tes mots. Toute la beauté de ce que nous sommes maintenant. Notre joie. Nos sourires. Ce bonheur d'être là. Vivants. De s'en être sortis. ​​​​​​​
Back to Top